AGI - Au Soudan, la guerre civile entre dans sa quatrième année sans perspective de règlement immédiat. L'Italie monte au créneau sur le dossier, à la fois sur le plan diplomatique et humanitaire. Le conflit entre l'armée soudanaise et les paramilitaires des Rapid Support Forces (Rsf) a commencé le 15 avril 2023.
L'appel du ministre Tajani à la conférence de Berlin
Le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani participe aujourd'hui à Berlin à la Troisième conférence internationale sur le Soudan, organisée par l'Allemagne en partenariat avec l'Union européenne, la France, le Royaume-Uni, les États-Unis et l'Union africaine. Pour Tajani, l'urgence soudanaise ne doit pas être éclipsée par les tensions dans le Golfe Persique. "La situation dans le Golfe, avec la possibilité que la trêve entre l'Iran et les États-Unis reste incertaine, doit quand même pousser la communauté internationale à ne pas oublier la guerre civile au Soudan: il faut accélérer pour mettre fin aux affrontements, et tous les pays de la région doivent aider", a-t-il déclaré ces derniers jours. "La paix ne peut attendre. La guerre civile au Soudan doit cesser immédiatement. Nous appelons tous les pays soutenant les factions belligérantes à coopérer. La paix est indispensable", a-t-il souligné aujourd'hui.
Selon des sources de la Farnesina, à Berlin le ministre Tajani entend mobiliser une médiation/pression sur les États arabes qui continuent de financer les deux factions rivales afin d'accélérer la fin de la guerre civile.
La conférence de Berlin s'inscrit dans la continuité des sommets de Paris (2024) et de Londres (2025) et réunira des représentants des Nations Unies, des organisations régionales et internationales, de la société civile soudanaise, des ONG et des principaux donateurs, avec pour objectif de renforcer la réponse à la crise et de soutenir une transition vers une paix durable sous autorité civile.
À ce stade, l’Union européenne et ses États membres prévoient une mobilisation totale de 681,4 millions d’euros.
Trois ans de conflit, un contexte extrêmement grave
Le contexte dans lequel se tient la conférence reste extrêmement grave. À la date d’aujourd’hui, on commémore le troisième anniversaire de la guerre civile entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF), un conflit qui a provoqué la pire crise humanitaire au monde avec environ 15 millions de déplacés, dont près de 5 millions de réfugiés dans les pays voisins.
Le risque de fragmentation du pays en deux entités territoriales distinctes, déjà apparu début 2025 avec la formation de deux gouvernements civils parallèles liés aux factions militaires opposées, a été aggravé par la contiguïté territoriale des zones contrôlées par les SAF et les RSF après la prise d’El-Fasher par les RSF fin octobre dernier. Actuellement, les SAF contrôlent Khartoum, Port-Soudan et une grande partie du nord, de l’est et du sud-est, tandis que les RSF contrôlent une grande partie de l’ouest, du sud-ouest et du sud du Nil Bleu.
La prise d’El-Fasher a profondément choqué la communauté internationale en raison de la gravité des atrocités commises, lesquelles, selon le rapport de la mission indépendante d’établissement des faits sur le Soudan du 19 février dernier, présenteraient les caractéristiques d’un génocide contre les communautés non arabes. Une proposition de trêve humanitaire de trois mois a été rejetée par les SAF fin novembre, la jugeant trop favorable aux RSF et susceptible de consacrer la division du pays.
Echec de tous les efforts de médiation
Même les efforts de médiation renouvelés des États-Unis et des pays arabes réunis dans le "Quad" (Émirats arabes unis, Arabie saoudite et Égypte) n’ont jusqu’à présent pas produit de résultats concrets. De son côté, la junte militaire au pouvoir au Soudan a condamné aujourd’hui l’initiative, la qualifiant de "surprenante et inacceptable", estimant qu’il s’agit d’une ingérence dans les affaires internes du pays et qu’elle a été organisée sans consultation de Khartoum.
Le 14 janvier, s’est tenue au Caire la cinquième réunion du mécanisme consultatif pour renforcer les efforts de paix au Soudan, présidée par le ministre égyptien des Affaires étrangères Badr Abdelatty et par l’ancien envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Soudan, Ramtane Lamamra, remplacé début mars par l’ancien ministre finlandais des Affaires étrangères Pekka Haavisto.
À cette occasion, le passage du "Quatuor" au "Quintette" a été formalisé, une structure réunissant l’ONU, l’Union africaine, l’IGAD, la Ligue arabe et désormais aussi l’Union européenne, chargée de faciliter le dialogue intra-soudanais et de créer les conditions politiques d’une transition démocratique après un cessez-le-feu.
À moyen terme, le conflit actuel entre les États-Unis, Israël et l’Iran pourrait amener les pays du Golfe, notamment Riyad et Abou Dhabi, à réduire leurs financements extérieurs, avec des effets possibles sur l’évolution du conflit soudanais. À court terme toutefois, l’implication directe d’acteurs comme les États-Unis et les Émirats arabes unis dans la guerre au Moyen-Orient semble réduire leur capacité à faire pression pour un cessez-le-feu.
Onu, au Soudan la pire crise humanitaire dans le monde
Le tableau humanitaire demeure catastrophique. Selon Tajani, le conflit au Soudan continue de provoquer de graves conséquences humanitaires, avec des violences généralisées contre la population civile, des déplacements massifs et un impact croissant sur toute la région.
La situation reste dramatique: plus de 33 millions de personnes ont besoin d’assistance, dont environ 17 millions de mineurs. Le conflit a provoqué environ 9 millions de déplacés internes et 4,5 millions de réfugiés dans les pays voisins, notamment l’Éthiopie, la Libye, le Tchad, le Soudan du Sud et l’Égypte.
Les cas de malnutrition dépassent 4 millions et augmentent surtout dans les zones les plus touchées comme le Darfour et le Kordofan. Le système de santé soudanais est gravement compromis, son effondrement contribuant à la propagation transfrontalière de maladies contagieuses, notamment le choléra, la rougeole et l’hépatite E.
Près des deux tiers de la population ont besoin d'une assistance humanitaire, tandis que persistent des difficultés d'accès et une réduction des financements disponibles. Cette réalité se reflète de manière dramatique au Tchad voisin, première destination des réfugiés fuyant les combats.
Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et le Programme alimentaire mondial (PAM) ont lancé il y a quelques jours un appel d'urgence conjoint: plus d'un million de réfugiés soudanais au Tchad risquent des coupes immédiates et potentiellement mortelles dans l'aide alimentaire, hydrique, sanitaire et en matière de logement, en raison d'un déficit de financement de 428 millions de dollars, dont 289 millions pour le HCR et 139 millions pour le PAM.
Le Tchad accueille aujourd'hui 1,3 million de réfugiés soudanais, dont plus de 900.000 arrivés depuis le début de la guerre en 2023. Avec les ressources actuelles, le HCR ne parvient à garantir une assistance de base qu'à quatre réfugiés sur dix.
Initiative italienne et aide humanitaire sur le terrain
Face à cette urgence, le gouvernement italien a lancé fin 2025 "Italy for Sudan", une initiative voulue par le ministre Tajani. Une délégation de la Farnesina et de l'ambassade d'Italie à Khartoum s'est rendue à Port-Soudan les 4 et 5 avril pour distribuer des denrées alimentaires de première nécessité — pâtes, farine, riz, huile et eau potable — après un premier chargement aérien parti le 25 décembre dernier et destiné à 2.500 élèves de familles déplacées. La mission a également été l’occasion d’inaugurer le laboratoire de l’Association des aveugles de Port-Soudan et de visiter plusieurs projets réalisés avec le soutien de la coopération italienne.
L'opération doit s'achever d'ici fin avril avec la livraison de quelque 107 tonnes d'aide au total — tentes, bâches imperméables, moustiquaires, matelas, jerricanes et kits sanitaires — destinées à 4.245 familles réparties dans 31 camps de l'État de la mer Rouge.
En mars, Rome a également versé cinq millions d'euros à la FAO pour l'assistance agricole d'urgence et un million d'euros à la Fédération internationale de la Croix-Rouge pour l'accès à l'eau potable et l'aide médicale aux communautés touchées au Darfour.
Le Soudan pays prioritaire de la Coopération italienne
Bien qu’il ne fasse pas partie du Plan Mattei, le Soudan est un pays prioritaire de la coopération italienne. Ses principaux secteurs d’intervention concernent l’accès aux services de santé de base, la lutte contre la pauvreté et la promotion du développement économique, la protection et l’inclusion sociale, les droits humains, l’environnement, l’amélioration des conditions de vie et la lutte contre l’insécurité alimentaire. Le portefeuille global des initiatives de dons et d’urgence actuellement en cours pour la crise soudanaise au niveau régional s’élève à environ 142 millions d’euros, auquel s’ajoute un projet de coopération déléguée dans le domaine de la santé, géré par le bureau de l’AICS à Addis-Abeba, d’une valeur de 7 millions d’euros. En ce qui concerne les interventions d’urgence, depuis 2023 plus de 33 millions d’euros ont été mobilisés, dont 18,5 millions via des contributions à des organisations internationales opérant sur le terrain, notamment le Comité international de la Croix-Rouge, la FICROSS, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la FAO, et 14,65 millions pour des interventions bilatérales d’organisations de la société civile italiennes.