AGI - En Italie, la ville de Rome va découvrir l'art d'Ahmed Muhanna, directement de Gaza à l'Europe, avec une exposition prévue dans la ville éternelle du 22 au 28 juin, sur la Place San Silvestro, de 10h à 18h. Ahmed Muhanna est un peintre et art-thérapeute originaire de Gaza où il a vécu toute sa vie et y vit encore aujourd'hui. La guerre l'ayant privé de son matériel, il a transformé les boîtes alimentaires du Programme alimentaire mondial (PAM) en toiles. Ce qui servait autrefois au transport de l'aide humanitaire offre désormais un regard sensible et engagé sur la réalité de Gaza, marquée par deux années de souffrance et de destruction. Outre son activité artistique, il est également spécialisé en art-thérapie pour enfants et les aide à surmonter leurs traumatismes grâce à l'art.
Reprendre la création malgré la guerre
Pendant des mois, les horreurs de la guerre l'ont empêché de créer: à court de matériel, il a dû se concentrer sur sa famille. Mais, poussé par le désir de témoigner ce que lui et son peuple vivent au quotidien, il a recommencé à dessiner, utilisant tout ce qu'il pouvait trouver.
Des cartons devenus support artistique
C'est ainsi que les cartons du PAM sont devenus la toile de Muhanna. Autrefois utilisés pour la distribution de nourriture, il les a transformés en un médium et un message, en objets qui témoignent de la catastrophe humanitaire qui se déroule à Gaza.
Créer avec des moyens de fortune
Une fois son matériel épuisé, Muhanna a commencé à utiliser du café, du thé et d'autres substances pour dessiner et peindre. Ce faisant, les matériaux eux-mêmes incarnent désormais les thèmes mêmes qu'il peint: la résilience, l'endurance et la volonté inébranlable de créer la beauté au milieu du chaos. Ses oeuvres sont publiées sur son compte Instagram @ahmedmuhanna84.
Une exposition hors de Gaza
Avec cette exposition itinérante, c'est la première fois que ses œuvres originales sont exposées hors de Gaza. Les précédentes étapes se sont déroulées à Marseille, Strasbourg, Paris, Bilbao, Barcellone, Lyon puis Rome.
Une population toujours en danger
Aujourd'hui, les habitants de Gaza sont pris au piège. L'aide humanitaire a augmenté depuis le cessez-le-feu d'octobre 2025, mais le redressement et la reconstruction sont au point mort. Malgré le cessez-le-feu, les attaques militaires israéliennes continuent de mettre les civils en danger. Le quotidien reste marqué par le danger, l'incertitude et les difficultés.
Des souvenirs de famine persistants
Les souvenirs de la famine de l'année dernière hantent encore les mères, les pères et leurs enfants, qui risquent de perdre les fragiles acquis en matière de sécurité alimentaire et de moyens de subsistance depuis le cessez-le-feu.
Marchés instables et prix élevés
Les marchés sont instables et peu fiables. Suite à l'escalade du conflit au Moyen-Orient, l'accès des familles à la nourriture a diminué, le prix des produits de base notamment la farine de blé ayant explosé. La situation peut se détériorer rapidement, rendant les communautés extrêmement vulnérables et dépendantes de l'aide extérieure.
Une dépendance forte à l'aide
La majorité de la population de Gaza continue de dépendre de l'aide humanitaire pour satisfaire ses besoins les plus fondamentaux.
Les actions du PAM à Gaza
Chaque mois, le Programme alimentaire mondial (PAM) soutient en moyenne 1,6 million de personnes dans la bande de Gaza. Cette aide comprend la distribution de nourriture, les paiements numériques, les repas chauds, le pain distribué par les boulangeries locales, des collations nutritives dans les centres d'apprentissage pour enfants et des services de nutrition pour les femmes et les enfants menacés de malnutrition. Ensemble, ces interventions constituent un filet de sécurité essentiel pour les communautés confrontées à une instabilité constante.
Des contraintes logistiques importantes
Cependant, la distribution de cette aide demeure extrêmement difficile. En raison des restrictions strictes imposées à l'entrée des marchandises à Gaza, l'acheminement des fournitures humanitaires et commerciales est limité et imprévisible. Le nombre de camions entrant à Gaza a fortement diminué, passant d'environ 600 par jour après le cessez-le-feu à environ 200 au cours du mois dernier, ce qui ralentit la livraison de nourriture et d'autres produits de première nécessité. Ces contraintes réduisent le volume, la rapidité et la fiabilité de l'aide, augmentant le risque de pénuries si l'accès ne s'améliore pas.
Soutenir les marchés locaux
Parallèlement, les acteurs humanitaires s'efforcent de soutenir les marchés locaux et d'aider les familles à retrouver une certaine autonomie. L'aide en espèces et les bons numériques permettent aux populations d'acheter de la nourriture là où elle est disponible, tandis que les efforts déployés pour soutenir les petites entreprises, rétablir la production alimentaire et reconstruire les moyens de subsistance sont des étapes essentielles pour un redressement à long terme. Malgré ces efforts, Gaza reste fortement dépendante des approvisionnements extérieurs.
Une priorité humanitaire
Aujourd'hui, la priorité est claire: garantir que l'aide vitale puisse entrer à Gaza en toute sécurité, rapidement et à l'échelle nécessaire, tout en jetant les bases du redressement, de la résilience et d'un avenir plus stable.
Le rôle de l'Union européenne. Un soutien renforcé depuis 2023
Des partenaires comme l'Union européenne jouent un rôle essentiel dans les opérations du PAM à Gaza. L'UE fournit une aide humanitaire aux Palestiniens dans le besoin depuis 2000, en soutenant les communautés touchées par les crises et les chocs. Suite au déclenchement de la guerre en octobre 2023, l'UE a considérablement renforcé son soutien.
Un financement clé pour le PAM
Par l'intermédiaire de sa Direction générale de la protection civile et des opérations d'aide humanitaire européennes (DG ECHO), l'UE a versé 96 millions d'euros au PAM en Palestine depuis 2023. Ce financement a permis au PAM d'envoyer des camions chargés de vivres et de maintenir le fonctionnement des boulangeries, des cuisines de repas chauds et des distributions de colis alimentaires dans toute la bande de Gaza.
Une présence continue sur le terrain
Présent à Gaza depuis 1991, le PAM reste déterminé à atteindre les populations les plus vulnérables, à leur fournir une aide alimentaire et à effectuer des paiements numériques chaque fois que cela est possible, malgré les difficultés croissantes.
Une solidarité internationale
Cette exposition, à l'instar de nombreuses activités du PAM, est rendue possible grâce au soutien de partenaires clés tels que l'Union européenne. Comptant parmi les quatre principaux donateurs du PAM à l'échelle mondiale, l'UE continue de témoigner d'une forte solidarité envers les personnes dans le besoin grâce à un soutien humanitaire constant et vital.
Une mission commune urgente
Le PAM et l'Union européenne sont unis dans une mission commune et urgente: acheminer une aide alimentaire vitale à la population de Gaza - rapidement, en toute sécurité et sans entrave. L'Italie aussi est en première ligne avec son projet Food For Gaza, réalisé avec le PAM.
Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a appelé les dirigeants du monde entier à intervenir pour rétablir la paix à Gaza. "Malgré le cessez-le-feu annoncé il y a huit mois, Gaza demeure plongée dans une profonde incertitude et connaît d'immenses souffrances humaines. La violence s'intensifie et des civils sont tués chaque jour", a-t-il déclaré. "Les besoins humains fondamentaux", a-t-il ajouté, "continuentà ne pas être satisfaits. Par ailleurs, le gouvernement israélien a fait part de son intention de prendre le contrôle de 70 % de la bande de Gaza".
Au moins 961 Palestiniens ont été tués depuis l'annonce du cessez-le-feu en octobre 2025, selon le ministère de la Santé du territoire contrôlé par le Hamas, dont les chiffres sont considérés comme fiables par les Nations Unies. Depuis le 7 octobre 2023, le bilan des morts à Gaza a dépassé 75.000 et les blessés sont plus de 170.000.