AGI - Le livre "Femmes. Résistance. Liberté. Témoignages de vingt-et-une Afghanes qui luttent pour leur survie", de la journaliste Angela Iantosca, publié par les Editions Paoline, a été présenté au Sénat. Ce livre donne la parole à 21 jeunes filles et femmes afghanes réfugiées en Italie, soutenues par l'association Nove-Caring Humans.
"Femmes. Résistance. Liberté: ces mots doivent toujours aller de pair. Les femmes, que j'ai le plaisir d'accueillir ici, ont vécu l'indicible et continuent de le vivre. L'Afghanistan n'est pas un lieu géographique confiné à un point précis de la Terre, à un moment précis de l'histoire. Métaphoriquement, toutes les femmes sont originaires d'Afghanistan, certaines sont sorties, d'autres ne sont jamais parties", a déclaré la sénatrice Alessandra Maiorino, initiatrice de la conférence de presse au Palazzo Madama intitulée "Femmes. Résistance. Liberté. Des Mères Constituantes aux Femmes Afghanes".
La sénatrice Maiorino a rappelé la contribution fondamentale de Teresa Mattei, la benjamine de l'Assemblée constituante, qui, à seulement 25 ans, a été l'architecte de l'article 3, plaçant le développement humain au cœur de la Constitution. "Comme toujours pour les femmes, les droits s'acquièrent au terme d'un processus de résistance. Dans le cas de l'Afghanistan, je ressens le poids de la culpabilité de l'Occident qui, après les avoir soutenues pour obtenir leurs droits, les ont abandonnées. L'apartheid sexiste persistant ne scandalise pas, contrairement à ce qui s'est passé en Afrique du Sud. On le considère comme un simple incident de parcours. Nous rejetons cette idée", a souligné la députée du Mouvement Cinq Étoiles.
"Cet ouvrage établit des parallèles entre l'Assemblée constituante et la situation des réfugiés afghanes, en mettant l'accent sur le rôle des femmes dans nos sociétés à travers le prisme de la dignité et de la quête de liberté. Il est urgent que nous œuvrions tous ensemble pour que l'Afghanistan ne soit pas oublié et pour assurer sa réintégration au sein de la communauté internationale", a déclaré l'ambassadrice d'Italie en Afghanistan, Sabrina Ugolini, en poste à Doha, dans un message vidéo. L'Italie poursuit une double démarche, politique et diplomatique, avec sa participation au processus de Doha, dans le cadre des efforts complexes déployés pour instaurer la confiance avec les talibans, afin de maintenir ouverts les canaux de communication et de les amener à la table des négociations. La dimension humanitaire est tout aussi cruciale, de soutien à la population afghane, et plus particulièrement aux femmes, aux enfants et aux personnes les plus vulnérables, confrontées à des conditions socio-économiques très préoccupantes. "L’Italie est l’un des rares donateurs à ne pas avoir réduit son aide à l’Afghanistan, avec 16 millions d’euros alloués en 2025 pour soutenir les activités d’ONG italiennes comme Nove et de la société civile, qui œuvrent discrètement à travers des projets d’urgence, de subsistance et d’entrepreneuriat. Nous contribuons ainsi à un effort collectif, solidaire et transversal pour la défense des valeurs de justice et de liberté", a expliqué Ugolini.
"Ce livre vise à donner voix à la solidarité, précisément parce que nous sommes tous égaux et différents. C’est là toute la beauté de l’humanité. Ce livre est une pierre angulaire pour bâtir une société plus accueillante, plus humaine et plus fraternelle", a déclaré Sœur Mariangela Tassielli, directrice éditoriale des Éditions Paoline. "Merci à ces 21 femmes courageuses qui ont accepté l’invitation à partager leurs histoires, leurs défis, leurs luttes et leurs espoirs. Elles sont la voix d’un désir partagé par tant de femmes à travers le monde: celui de pouvoir choisir de faire du vélo, d’étudier, qui aimer et quand", a poursuivi Sœur Mariangela Tassielli, avec l’espoir qu’elles soient comme "des fleurs résilientes, capables de s’épanouir à nouveau et de répandre une beauté authentique, la pluralité, la dignité et la liberté".
"Ce fut un voyage magnifique et émouvant, au cours duquel mon intuition initiale de mettre en relation ces 21 Afghanes avec les 21 membres de l'Assemblée constituante s'est confirmée et renforcée lors de nos rencontres. Leurs paroles faisaient écho à celles de Nilde Iotti, Teresa Mattei et d'autres, qui insistaient sur la nécessité de respecter les droits naturels et protégés par la Constitution", a rapporté Angela Iantosca. L'auteur a souligné que "leurs voix nous rappellent que nous sommes tous des migrants parcourant le monde, que chaque droit est précieux et ne doit jamais être tenu pour acquis, car il pourrait nous être retiré" citant notamment "le droit à l'éducation", comme un avertissement aux enfants qu'elle rencontre souvent dans les écoles italiennes. "Toutes ces filles et ces femmes sont victimes de préjugés, de stigmatisation; faisons donc preuve de respect et d'empathie, car nous ignorons souvent l'histoire de ceux qui nous entourent", a-t-elle insisté.
Les qualifier de réfugiées serait toutefois un euphémisme. Nesa, Sediqa, Khrisma, Taranhe et Waheeda, pour n'en citer que quelques-unes, sont des combattantes courageuses, déterminées à reconstruire leur vie en Italie après avoir été contraintes de tout quitter pour fuir le régime taliban en Afghanistan. Leur combat dépasse largement le cadre familial et voit les 21 protagonistes de ce livre – à l'instar des 21 membres de l'Assemblée constituante – contribuer à bâtir des espaces de liberté et de dignité pour leurs compatriotes et pour les Afghanes vivant à l'étranger comme elles, qui luttent pour s'intégrer dans un nouveau contexte socio-économique.
D'une voix faible et émue, ponctuée de larmes retenues avec pudeur, Waheeda, 21 ans, mère d'un enfant de trois ans, a été la première à partager son histoire avec l'auditoire attentif et touché de la Sala Caduti di Nasiriyah. Waheeda a grandi trop vite et a payé le prix de son combat personnel pour la liberté. "Au final, nos histoires sont celles de toutes les Afghanes qui ont vécu et continuent de vivre dans la violence et la souffrance. J'ai réussi à m'échapper. Mais la liberté a un prix, et elle peut aussi vous coûter ceux que vous aimez, votre patrie, votre mère. Parfois, la liberté signifie être seule, mais n'oublions jamais qu'il y a une différence entre celles qui sont laissées seules et celles qui choisissent de l'être", a déclaré la jeune mère. "Il y a des moments où j'oublie que je ne pouvais pas choisir comment m'habiller, quand sortir, avec qui sortir, où aller, ni quand rentrer. Je n'avais même pas le droit de rire, car lorsque je riais, mon père ou mon frère se mettaient en colère", a-t-elle confié. "C'est une guerre contre les femmes, contre l'humanité, nous ne pouvons pas laisser cela se reproduire. Et n'oublions pas les 40.000 Iraniens massacrés pour la liberté. Tout ce que les Afghans et les Iraniens veulent, c'est du pain, du travail, la liberté, la vie, la liberté et les droits des femmes", a-t-elle poursuivi. Waheeda a conclu en dédiant un poème de Pablo Neruda, l'un de ses auteurs préférés, à son fils, "la lumière de ma vie quand je n'avais plus d'espoir".
Razia, enseignante et journaliste, insiste sur le fait que l'avenir se construit par l'éducation, la sensibilisation et la connaissance de la vérité. C'est pourquoi les écoles et les médias sont essentiels, et pas seulement en Afghanistan. Poursuivre ces activités est donc "une forme de résistance". Ce n'est pas un hasard si les talibans interdisent l'école aux filles après 12 ans, censurent et contrôlent les médias, "notamment pour empêcher que ne soient racontées les histoires douloureuses de violence, d'abus, de viols et de mariages forcés". Ce livre, selon Razia, "est un acte de mémoire qui nous rappelle que priver 21 millions d'Afghans de leur droit à l'éducation et à la participation sociale, c'est anéantir l'avenir de notre pays". Par conséquent, "les déclarations de la communauté internationale ne suffisent pas: nous avons une responsabilité partagée. C'est pourquoi les Afghanes refusent de se taire, et celles qui le peuvent doivent poursuivre le combat pour les droits, en particulier celles qui vivent en exil. Nous ne pouvons pas rester de simples spectatrices: nous devons aussi faire partie de la solution". C'est ainsi, un groupe de réfugiées afghanes en Italie, aux parcours, origines et histoires variés, a créé le groupe "Neda", qui signifie "fort" en langue dari. Ce groupe s'engage pour la narration, l'éducation et l'émancipation des femmes afin de parvenir à une indépendance culturelle et sociale.
Outre Razia, l'une de ses membres les plus actives est Sediqa, sage-femme, qui souligne l'impérieuse nécessité de "renforcer le réseau des femmes afghanes pour ne pas les laisser seules, leur garantir un espace sûr et coordonner des actions concrètes d'information, de formation et d'accompagnement à l'intégration dans les pays d'accueil, car ici, nous partons de zéro". Sediqa a réaffirmé l'importance de la solidarité entre femmes pour "transformer les expériences en force, en opportunités et en espoir, notamment grâce à la contribution essentielle des femmes italiennes, car soutenir l'indépendance d'une femme, c'est soutenir toute une famille, et donc une partie de la société".
Livia Maurizi, directrice de Nove-Caring Humans, l'une des rares ONG italiennes encore présentes en Afghanistan depuis près de 13 ans, a évoqué l'engagement risqué entrepris dans un contexte extrêmement complexe et instable. C'est un travail invisible, où les catastrophes naturelles constituent, au moins en partie, une variable de plus dans un pari calculé. "Après avoir entendu ces témoignages, ces vérités difficiles mais nécessaires, la question est: que faire maintenant ? De toute évidence, l'empathie ne suffit pas. Il faut de la responsabilité, la responsabilité de ceux qui écoutent et qui doivent prendre position", a insisté Maurizi.
C'est ce que fait Nove-Caring Humans, fondée par Susanna Fioretti, présente dans la salle, à travers ses projets d'urgence et de développement: continuer à créer des espaces protégés pour les femmes afghanes, certes précaires et temporaires, qui doivent se trasnformer très rapidement lorsque la situation évolue soudainement. Les projets menés par les acteurs locaux constituent, de fait, des actes de résistance silencieuse, ou presque, à l'instar du "Pink Shuttle" – premier service de transport pour les femmes et les personnes handicapées, géré par des femmes et fondé en 2021 – et lorsque ces actions se généralisent, elles deviennent la norme.
Nove poursuit son engagement en Italie aussi en soutenant les réfugiées afghanes, "souvent confrontées à un déni persistant, à une bureaucratie interminable, à la non-reconnaissance de leurs compétences, aux stéréotypes et à l'isolement", a déclaré Flavia Mariani, responsable de la communication de l'association et modératrice de l'événement. Afin de faire connaître leurs histoires, un documentaire intitulé "Faghan. Filles d'Afghanistan" a été réalisé, ainsi qu'une exposition photographique mettant en lumière leurs voix et leurs visages. "La mission d'une organisation comme la nôtre, et de la société civile en général, n'est pas de réduire les droits à de simples promesses, mais de les traduire en actions, en protection et en espoir", a affirmé Maurizi.
Enfin, Taranhe, qui vit à Florence, a livré un témoignage poignant. Elle a été la première femme conductrice du "Pink Shuttle" de Nove à Kaboul. Mère de deux enfants de 13 et 9 ans, dont le plus jeune est handicapé, ce n'est pas un hasard si Taranhe a décidé de transporter des personnes handicapées, parmi les plus discriminées en Afghanistan. "En tant que mère d'un enfant handicapé, je sais ce que cela signifie que de se voir refuser un transport, d'être stigmatisée à cause de la santé de son enfant. Le handicap est perçu comme la faute de la mère et le prix à payer est lourd. Je suis reconnaissante envers Nove et envers tous ceux qui m'ont aidée à venir en Italie, où mon fils est soigné. Maintenant, il va à l'école, il apprend l'italien et il a des amis. Si nous étions restés en Afghanistan, il ne serait certainement plus de ce monde", a-t-elle raconté, la voix chargée d'émotion, de gratitude et de colère.
Les frontières et les distances n'ont que peu d'importance. En réalité, elles disparaissent dès qu'il s'agit de défendre les droits fondamentaux de la personne humaine, notamment ceux des enfants et des femmes, et de lever les interdictions, une à une. "Vous avez le droit d'être ici, ce n'est pas une concession. Que vos témoignages servent d'avertissement à nous tous: les droits acquis il y a des décennies sont menacés partout, même en Occident. Voyez ce qui se passe aux États-Unis, pourtant considérés comme le phare de la démocratie occidentale, en matière de droit à l'avortement", a conclu la sénatrice Maiorino.