AGI - Cinq jours après la visite de Giorgia Meloni au Koweït, Rome et Koweït City ouvrent la phase de mise en œuvre d’un partenariat appelé à s’étendre de la défense aux investissements, de la sécurité aux technologies émergentes. Mais sur l’éventualité d’un renforcement de la présence militaire italienne, l’ambassadeur Lorenzo Morini pose une limite claire : l’Italie est prête à en discuter si le Koweït en fait la demande, mais « nous n’avons actuellement ni plan clair, ni chiffre, ni programme spécifique ». C’est l’un des principaux enseignements de l’entretien accordé par le diplomate au “Kuwait Times” après la visite, le 23 octobre, de la présidente du Conseil italien.
La mission de Giorgia Meloni
La mission de Meloni a débouché sur le Plan d’action Italie-Koweït 2027-2030, qui réunit dans un même cadre investissements, énergie, infrastructures, défense, sécurité, nouvelles technologies et tourisme. Pour Morini, la signature marque toutefois surtout le début du travail. Diplomates, techniciens et responsables politiques disposent désormais d’une longue liste de « devoirs » afin de transformer les orientations fixées au sommet en projets concrets. Leur progression devra être suivie à travers les mécanismes bilatéraux existants.
C’est dans la défense que l’évolution apparaît la plus significative. L’accord de coopération militaire signé à Rome le 13 janvier est entré en vigueur le 12 octobre, onze jours avant l’arrivée de Meloni. Il fournit un cadre aux exercices, à la formation et aux échanges d’informations et de matériels. Le Plan d’action ajoute un dialogue plus étroit entre états-majors et ouvre explicitement la coopération à l’espace, à la cyberdéfense, à l’intelligence artificielle et aux technologies quantiques.
Un nouveau déploiement italien n'est pas prévu
Cette montée en puissance ne signifie pourtant pas qu’un nouveau déploiement italien soit prévu. Morini a indiqué que Rome pourrait augmenter ses effectifs « si nécessaire et à la demande du Koweït », tout en précisant qu’aucune décision n’avait été prise.
La nuance est importante après une visite au cours de laquelle, selon l’ambassadeur, Meloni et les dirigeants koweïtiens ont longuement abordé la guerre entre les États-Unis et l’Iran et la sécurité régionale. La stabilité du Koweït et du Golfe, a-t-il expliqué, constitue également un intérêt direct pour l’Italie et l’Europe.
Le dossier Eurofighter reste ouvert
Sur le plan industriel, Leonardo et le ministère koweïtien de la Défense ont signé une lettre d’intention non contraignante sur le développement des capacités militaires et la coopération industrielle. Le dossier Eurofighter reste ouvert : sur les 28 appareils commandés par le Koweït en 2016, trois doivent encore être livrés.
Morini a précisé qu’aucun nouveau calendrier n’avait été arrêté lors du sommet. Les activités de formation ont repris, tandis que Rome attend des assurances concernant l’état des installations où opèrent les appareils.
Le rapprochement dépasse les forces armées. Les Carabinieri et la Garde nationale koweïtienne ont paraphé un accord portant sur la formation spécialisée, tandis que le Plan prévoit une coopération contre le crime organisé, le blanchiment d’argent et les trafics d’êtres humains, de drogues et d’armes, y compris par la création éventuelle d’équipes communes d’enquête.
Accord entre l'Agence Ice et la Kuwait Direct Investment Promotion Authority
En parallèle, l’Agence ICE et la Kuwait Direct Investment Promotion Authority ont conclu un accord destiné à stimuler l’investissement privé. Le Plan prévoit un forum économique au moins tous les deux ans, un soutien aux PME et aux coentreprises, ainsi qu’une coopération sur l’agriculture désertique, l’eau, les matières premières critiques et les technologies de transition énergétique. Des liaisons aériennes directes figurent également parmi les objectifs.
L’entretien de Morini permet ainsi de lire l’après-Meloni avec davantage de précision : le partenariat s’élargit, notamment dans la défense et l’investissement, mais il reste à transformer une architecture politique en programmes effectifs. Eurofighter, capitaux koweïtiens, coopération sécuritaire et vols directs fourniront les premiers indicateurs concrets de ce que vaudra réellement le Plan d’action d’ici 2030.