AGI - La visite effectuée le 3 septembre au Caire par le vice-président du Conseil et ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a confirmé la place croissante de l’Égypte dans la stratégie méditerranéenne de Rome. Migration, formation professionnelle, investissements et localisation industrielle ont constitué les principaux axes d’une mission qui s’inscrit désormais pleinement dans l’architecture du Plan Mattei pour l’Afrique.
Tajani était accompagné du ministre de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, Gilberto Pichetto Fratin, et de la ministre du Travail, Marina Calderone. La délégation a participé à une réunion de la Commission mixte italo-égyptienne, coprésidée avec le chef de la diplomatie égyptienne Badr Abdelatty, ainsi qu’à un Business Forum réunissant plus de 600 entrepreneurs des deux pays.
Rapprochement entre politique migratoire et coopération économique
La déclaration signée à l’issue des travaux met en évidence le rapprochement entre politique migratoire et coopération économique. Rome et Le Caire ont convenu de renforcer la lutte contre les départs irréguliers, les réseaux de passeurs et la traite des êtres humains, tout en développant les retours volontaires et les mécanismes de réintégration.
Création de voies légales de mobilité professionnelle
Mais la partie la plus significative concerne la création de voies légales de mobilité professionnelle. Pour l’Italie, qui fait face à une demande persistante de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs, l’Égypte peut devenir à la fois partenaire économique et bassin de compétences.
Tajani a insisté sur la nécessité de former des jeunes Égyptiens susceptibles de travailler dans les entreprises italiennes avec des contrats réguliers. La coopération doit notamment s’appuyer sur l’enseignement technique et professionnel et sur l’expérience des ITS Academy italiennes.
L’objectif est de relier formation dans le pays d’origine, besoins des entreprises et migration régulière, dans une logique qui associe politique migratoire et stratégie industrielle. Cette approche correspond à l’un des principes du Plan Mattei : faire de la coopération avec les pays africains un levier pour attirer les investissements, développer la production locale et créer des emplois, plutôt qu’un simple instrument d’aide.
Secteurs prioritaires: énergies renouvelables, agriculture, eau, santé, éducation et industrie
La déclaration bilatérale identifie à cet égard plusieurs secteurs prioritaires : énergies renouvelables, agriculture, eau, santé, éducation et industrie. L’Égypte est déjà l’un des principaux bénéficiaires de cette stratégie. Pays prioritaire de la coopération italienne et l’un des pays focus du Plan Mattei, elle devrait recevoir en 2026 quelque 26,2 millions d’euros de financements pluriannuels sous forme de dons, tandis que des projets pour environ 150,8 millions sont actuellement en cours.
Les échanges bilatéraux ont progressé de 11,7 % pour atteindre 5,9 milliards d’euros
Le Caire bénéficiera également de 7,31 millions d’euros dans le cadre du nouveau mécanisme italien de conversion de la dette envers plusieurs pays africains. La dimension économique reste centrale. En 2025, les échanges bilatéraux ont progressé de 11,7 % pour atteindre 5,9 milliards d’euros.
L’Égypte représente désormais la quatrième destination des exportations italiennes en Afrique, derrière la Tunisie, l’Algérie et le Maroc. Les exportations italiennes ont atteint 2,9 milliards d’euros, tandis que les ventes égyptiennes vers l’Italie ont progressé à trois milliards. La visite a enfin confirmé l’intensité du dialogue politique.
Tajani a été reçu par le président Abdel Fattah al-Sissi, qui a invité Giorgia Meloni à se rendre en Égypte.
Pour Rome, cette sixième mission du chef de la diplomatie italienne depuis le début de son mandat témoigne d’une relation qui dépasse désormais la gestion des crises méditerranéennes: l’enjeu est de transformer l’axe Rome-Le Caire en l’un des principaux piliers économiques et migratoires du Plan Mattei.