AGI - La coopération industrielle entre l’Italie et la Turquie franchit une nouvelle étape, avec l’ambition affichée de porter les échanges commerciaux bilatéraux à 40 milliards d’euros et les investissements directs réciproques à 25 milliards d’ici à 2030. Cet objectif, qualifié de "concret et ambitieux", a été présenté par le ministre italien des Entreprises et du Made in Italy, Adolfo Urso, à l’issue de la première réunion de la task force de coopération industrielle tenue à Ankara.
Coprésidée par Adolfo Urso et son homologue turc de l’Industrie et de la Technologie, Mehmet Fatih Kacir, la rencontre s’est conclue par la signature d’une déclaration conjointe, présentée comme "un saut de qualité dans les relations entre les deux pays". Au cœur de cette initiative : la volonté de structurer un partenariat industriel approfondi, fondé sur une intégration productive croissante et des investissements conjoints dans des secteurs stratégiques.
Domaines de coopération élargis entre la Turquie et l'Italie
De l’aéronautique à la défense, en passant par le manufacturier, l’électroménager et la double transition écologique et numérique, les domaines de coopération identifiés témoignent d’un élargissement du périmètre bilatéral. À ces secteurs s’ajoutent les technologies de pointe, notamment l’intelligence artificielle, les matières premières critiques et les applications industrielles avancées, inscrites dans une feuille de route conjointe élaborée par les deux ministères.
Contexte stratégique de la visite en Turquie
La visite d’Adolfo Urso – la deuxième en Turquie en un peu plus d’un an – s’inscrit dans le prolongement du partenariat renforcé engagé en 2025, notamment à la suite du sommet intergouvernemental entre Giorgia Meloni et Recep Tayyip Erdogan à Rome. Elle intervient dans un contexte où la Turquie s’affirme comme un carrefour stratégique entre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie centrale.
Vers un espace technologique et industriel commun
"De nombreuses entreprises italiennes sont implantées depuis longtemps en Turquie, tandis que des entreprises turques investissent avec succès en Italie dans des secteurs à forte valeur ajoutée", a souligné le ministre italien. "Nous pouvons désormais construire un espace technologique, scientifique et industriel commun afin de renforcer nos chaînes de valeur et leur compétitivité".
Dimension géopolitique de la coopération avec la Turquie
La réunion d’Ankara revêt également une dimension géopolitique, dans un environnement marqué par les tensions au Moyen-Orient et la crise iranienne. "Nous avons voulu maintenir cette rencontre pour adresser un signal clair : la coopération reste essentielle pour le développement, le bien-être et la stabilité", a déclaré Adolfo Urso, évoquant un message destiné à la fois aux entreprises et aux partenaires régionaux.
Échanges et rencontres du ministre
Au cours de sa mission, le ministre italien a multiplié les échanges avec les autorités turques et les représentants du secteur privé. Un entretien bilatéral avec Mehmet Fatih Kacir a été suivi d’une rencontre avec la communauté d’affaires italo-turque à l’ambassade d’Italie à Ankara, où ont été abordés les effets du contexte international sur les chaînes d’approvisionnement, les prix de l’énergie et les flux commerciaux.
Détails du programme de la délégation
Le programme a également inclus une visite au centre de recherche spatiale Tubitak Uzay, ainsi qu’un hommage au fondateur de la République turque, Mustafa Kemal Atatürk. La délégation italienne comprenait notamment le président de l’Agence spatiale italienne, Teodoro Valente, et des représentants de l’Institut italien pour l’intelligence artificielle pour l’industrie, illustrant l’accent mis sur les secteurs à haute intensité technologique.
Coopération dans le domaine spatial
Dans le domaine spatial, la coopération pourrait s’étendre "des technologies satellitaires à l’observation de la Terre", selon le ministère italien, qui rappelle que l’Italie figure parmi les acteurs majeurs du secteur, avec une expertise couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur.
Relations économiques bilatérales
Sur le plan économique, les relations bilatérales restent parmi les plus structurées du bassin méditerranéen. En 2025, les échanges ont atteint environ 26 milliards d’euros, en léger recul par rapport au pic de 2024. Les exportations italiennes se sont établies à 13,7 milliards d’euros, contre plus de 12,4 milliards d’importations en provenance de Turquie, permettant à Rome de maintenir un excédent commercial.
Tendances des échanges commerciaux
Cette inflexion s’explique en partie par la normalisation après une année exceptionnelle, mais aussi par des facteurs plus structurels, notamment une moindre demande turque dans certains secteurs et l’évolution des conditions commerciales. Les exportations italiennes restent dominées par les machines, les produits manufacturés et les moyens de transport, tandis que les importations concernent principalement les métaux, le textile et les véhicules.
Présence industrielle italienne en Turquie
Avec près de 480 entreprises italiennes implantées en Turquie, représentant plus de 59.000 emplois et un chiffre d’affaires supérieur à 12 milliards d’euros, la présence industrielle italienne témoigne d’un ancrage durable. Les investissements italiens dépassent 7 milliards d’euros, tandis que la présence turque en Italie, encore plus limitée, connaît une progression régulière.