À Tripoli, le 9 février, M. Piantedosi a rencontré son homologue Imad Trabelsi ainsi que le chef du gouvernement Dabaiba. Les discussions ont porté sur le contrôle des frontières terrestres et maritimes, la lutte contre les réseaux de traite et le renforcement des capacités des forces de sécurité libyennes. Deux jours plus tard, à Benghazi, le ministre italien s’est entretenu avec Khalifa Haftar, commandant de l’Armée nationale libyenne, confirmant la volonté de Rome de maintenir un canal opérationnel avec les autorités de Cyrénaïque, qui contrôlent une large partie des frontières méridionales avec l’Égypte, le Soudan et le Tchad.
Cette diplomatie à double voie s’inscrit dans un moment charnière pour la politique migratoire italienne et européenne. Selon les données du ministère de l’Intérieur, 1.813 migrants sont arrivés en Italie au cours des quarante premiers jours de 2026, soit une baisse de plus de 56% par rapport à la même période de l’année précédente. Plus des trois quarts d’entre eux – 1.386 personnes – ont quitté les côtes libyennes, confirmant la centralité de la route de la Méditerranée centrale malgré le recul global des flux.
À Rome, le Conseil des ministres a parallèlement examiné un projet de loi visant à mettre en œuvre le Pacte européen sur la migration et l’asile adopté en mai 2024. Le texte prévoit qu' "en cas de menace grave pour l’ordre public ou la sécurité nationale", le franchissement des eaux territoriales italiennes puisse être temporairement interdit par décision du gouvernement, sur proposition du ministre de l’Intérieur. Cette interdiction, qualifiée d’ "exceptionnelle et temporaire", pourrait durer jusqu’à trente jours, renouvelables, pour un maximum de six mois. Le projet de loi prévoit en outre que les migrants se trouvant à bord d’embarcations visées par une telle interdiction puissent être conduits vers des pays tiers avec lesquels l’Italie a conclu des accords spécifiques prévoyant assistance, accueil ou rétention dans des structures dédiées, sous la supervision éventuelle d’organisations internationales. Le gouvernement insiste sur le caractère encadré et circonstancié de ces mesures, tandis que l’opposition et certaines Ong redoutent une externalisation accrue des procédures d’asile.
La mission libyenne de M. Piantedosi prend ainsi une dimension à la fois opérationnelle et politique. En consolidant ses liens avec Tripoli comme avec Benghazi, Rome cherche à sécuriser les départs en amont tout en se dotant, sur le plan interne, d’outils juridiques plus robustes. Dans un contexte régional instable et alors que l’Union Européenne redéfinit son approche migratoire, l’Italie tente de conjuguer coopération extérieure et durcissement normatif, au risque d’exacerber les débats sur l’équilibre entre sécurité et protection des droits.